Historique

Jack Auzerie 
(15/11/1948 – 10/01/2017)

 

Le docteur Jack AUZERIE était membre de l’académie Montesquieu depuis le 12 janvier 2015, parrainé par son maître et ami Jacques BATTIN.

Docteur en Médecine, ancien Chef de Clinique-Assistant des Hôpitaux, Jack Auzerie a accumulé les formations et les diplômes : certificat d’études spéciales de Pédiatrie, d’anatomopathologie, de pharmacologie spéciale approfondie, de statistiques appliquées à la médecine, Maîtrise de biologie humaine, attestation d’études approfondies (A.E.A) de physiologie, option biologie du développement, certificat de cytologie et histologie, certificat d’Etudes Statistiques Appliquées à la Médecine (STAM), de méthodologie statistique, de statistiques appliquées à l’épidémiologie (STEP).
Parallèlement, il se formait aux responsabilités entreprenariales, obtenant un diplôme de Marketing pharmaceutique de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris.

Mais il était aussi clinicien. Après une année passée à l’hôpital Bicêtre, il développa à Bordeaux la gastro-entérologie pédiatrique, d’abord à l’hôpital des Enfants, dans le service du professeur J. BATTIN, puis en libéral, en association avec son ami le docteur Michel COLLE.
L’industrie pharmaceutique ne pouvait rester insensible à un tel cursus : Jack AUZERIE a occupé des postes à haute responsabilité dans les laboratoires Pierre Fabre, Sanofi, Boehringer Ingelheim jusqu’à ce qu’il créé, avec son épouse, pharmacien industriel, sa propre société de recherche clinique en pharmacovigilance, ITEC-Services, suivie bientôt d’autres sociétés innovantes : JKA Developpement, qui réalise le développement d’innovations dans le domaine pharmaceutique, ou StickDose, qui met au point à partir de logiciels et d’imprimantes 3D des dispositifs d’administration originaux et du matériel pharmaceutique spécialisé.
Ses compétences reconnues le conduisirent à la présidence du GIPSO (Groupement de l’industrie pharmaceutique du Sud-Ouest) pendant plusieurs années.

La personnalité du docteur Jack AUZERIE était exceptionnellement riche.
D’une élégance rare, amateur d’arts, musicien (il aurait pu être pianiste professionnel), il ne comptait que des amis. 
Face à la maladie, il a été d’un courage et d’une dignité hors du commun, malgré les souffrances endurées.
Il est parti, entouré de sa femme Jacqueline, de ses enfants, Nathalie et Olivier, de ses petits-enfants Oriane, Margaux, Clara, Albane et Victor, et de ses nombreux amis.

Michel COLLE

 

 

Hommage au docteur Jack Auzerie
(Lors des obsèques à l’église de Sainte Eulalie de Carbon-Blanc le 13 janvier 2017)

Le professeur Robert Debré, qui vécut jusqu’à 96 ans, m’avait averti : «  Vous verrez, avec l’âge, le plus dur est de perdre des proches, des amis » C’est l’épreuve qui m’étreint aujourd’hui, car il n’est pas juste, qu’un plus ancien vienne dire adieu à un plus jeune, après les témoignages émouvants de ses enfants et petits-enfants.
Jacqueline, Olivier, Nathalie et ses petits-enfants, vous savez combien grande est ma peine, mon admiration aussi, pour l’accompagnement avec lequel vous l’avez entouré durant son calvaire. Car ce fut un chemin de croix, où chaque nouvel essai thérapeutique ranimait une espérance vite déçue.
Mais, vous attendez de moi, que je fasse revivre devant vous, le jeune homme Jack Auzerie, que j’eus la chance et le bonheur d’avoir à mes côtés pendant sept ans dans l’ancien hôpital des Enfants du cours de l’Argonne. Après avoir tâté de l’obstétrique et de la néonatalogie, il s’était si bien intégré dans mon équipe, qu’il n’éprouvait pas le besoin d’en partir, comme interne d’abord, puis chef de clinique-assistant de 1974 à 1980 et il fallait l’encourager à passer un an à Bicêtre chez notre collègue Daniel Alagille, afin d’y connaître d’autres approches et innovations. Il en revint et introduisit des modes d’exploration nouveaux en gastro-entérologie pédiatrique et les techniques de nutrition entérale et parentérale dans les troubles digestifs chroniques si fréquents à l’époque.
Parallèlement à sa formation pédiatrique, il avait multiplié les certificats de biologie, de pharmacologie, de méthodologie statistique appliquée à la médecine et à l’épidémiologie.
Sans perdre le contact avec la pédiatrie libérale, grâce à ses consultations, il trouva une voie originale, à partir des années 80, dans l’industrie pharmaceutique. Etant un des premiers formé à la pharmacologie, aux protocoles thérapeutiques, il créa une société de services réalisant des études de recherche clinique en phase 2 et 3, d’autorisation de mise sur le marché et de pharmacovigilance. Il fut ainsi amené à travailler avec les grands groupes pharmaceutiques, dont Sanofi et à présider le Groupement de l’industrie pharmaceutique du Sud-Ouest de 2006 à 2012.
A titre personnel, je peux témoigner que dans le temps où il fut à mes côtés, j’appréciais son dynamisme et son équanimité partagée avec toute l’équipe, Jean-Pierre Héhunstre, le premier agrégé du service malheureusement trop tôt disparu, l’autre chef de clinique Michel Colle et les puéricultrices dont deux sont ici. Et, fait exceptionnel, jamais entre nous il y eut quelque incompréhension, le moindre froissement.
Il avait le caractère heureux, sachant goûter la vie et les bienfaits qu’elle apporte par les voyages et les arts, qu’il fit connaître à ses enfants et petits-enfants. La peinture a embelli sa demeure, la sculpture son jardin. Quant à la musique, il la pratiquait au piano, classique et jazz. Je l’avais convié à participer à un évènement festif en 2012 à l’académie nationale de médecine et il n’avait pas caché sa joie de renouer ainsi nos liens à Paris. Quand je lui rendis visite lors de sa maladie qui le clouait, par suite de la paraplégie, au fauteuil roulant, il conservait malgré ce handicap la même élégance en paraissant s’adapter à ce funeste destin. Je lui faisais alors remarquer que lors des croisières qui sont proposées à longueur d’années sur les mers et les fleuves des personnes de tous âges partent en fauteuil roulant et excursionnent. On en voit aussi lors des grandes expositions parisiennes.
Conscient des dons qu’il avait reçus, il s’était mis au service des autres en étant membre, et depuis 2010, Grand Maître de la commanderie guyenne occitane de l’ordre international des Anysetiers. Il avait orienté ce club-service vers le développement de produits pharmaceutiques destinés au traitement de maladies du tiers monde et négligées, telles que la leishmaniose cutanée.
Son élégance tout en pudeur et délicatesse était sa marque. Il y a juste un mois, il m’envoyait un mail, commençant chaque fois par « mon cher maître et ami » où il regrettait de ne pouvoir venir m’écouter à l’Académie Montesquieu, où je l’avais fait élire.
Oui, Jack a su être un homme heureux et rendre heureux. Il a su transmettre ses valeurs. Son parcours de vie est lumineux et ne peut s’effacer

Jacques BATTIN